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Réflexion confinée, Ep. 1 - Le temps à prendre

Mis à jour : il y a 3 jours

(pour son quotidien, un événement, sa vie)



J'ai du mal à ralentir.


Comme beaucoup d'entre nous, je vis le quotidien comme une course. En tête, une liste de choses à accomplir. Le sentiment que, malgré mes efforts, la fin d'une tâche ne sera jamais suivie que par le début d'une autre.


Et même si le quotidien est choisi, que les choses à faire nous passionnent... C'est souvent épuisant. C'est parfois frustrant.


C'est une lutte de chaque instant, dans la crainte de ne pas parvenir à le saisir.


Dans cette perspective, s'accorder une pause ne s'envisage que comme une occasion de "recharger les batteries" avant de les vider à nouveau, comme dans une prise d'élan perpétuel, pour atteindre nos objectifs sans cesse renouvelés.


Je ne ralentis jamais vraiment. Comme tout le monde, je suis conditionnée à vivre ainsi, à m'octroyer régulièrement des pauses nécessaires, pour mieux revenir dans la course.


Je ne ralentis donc jamais, soit que je ne pense pas cela possible, soit, finalement, que je ne le souhaite pas vraiment ; après tout, je suis moi aussi souvent de celles et ceux qui affirment, mais non sans un petit air de fierté, être "débordé"...


Le soir du jeudi 12 mars 2020, je clame la "fin de tournage !" d'un énorme projet d'inspiration qui a réuni plus de 35 personnes et m'a demandé un gros mois de travail de mise en place. Avec l'aide des derniers courageux, nous sommes encore au démontage jusqu'à presque 23h.


Au lendemain matin, je suis donc complètement éreintée, presque incapable de me lever, même s'il le faut bien encore. Je me motive avec la perspective, pensé-je alors, d'un petit week-end de pause qui me fera le plus grand bien avant de repartir de plus belle !


Sauf que, le lundi matin, la France toute entière reste en pause.



Le dimanche soir, on a décrété le confinement généralisé.


Le coronavirus, "Covid-19", est en train de progresser trop vite pour nous. On ne va pas pouvoir l'éviter totalement. On ne va pas pouvoir reprendre notre souffle et repartir à l'assaut : il va passer, et on ne peut que le ralentir, pour diminuer la puissance de l'impact.


C'est officiel : il faut désormais, et jusqu'à nouvel ordre, ralentir nos entreprises, nos projets, nos existences.


On se retrouve alors en vraie pause, globale, imposée, pour une durée indéterminée, mais sûrement, longue.


Certains l'avait plus ou moins vue venir, comprenant plus tôt que d'autres ce que cette épidémie venue de l'Est impliquerait. D'autres, à l'annonce du confinement, paniquent complètement face au chamboulement de leurs repères, à l'incertitude sanitaire, économique.


Le lundi soir, cependant, j'ai prévu un premier rendez-vous à distance avec un couple tout récemment fiancé et qui, déjà, se lance dans la planification de ses préparatifs de mariage.


L'union est prévue pour l'été de l'année prochaine ; ils n'ont pas encore d'idée très précise de ce qu'ils souhaitent, juste des grandes lignes : une date, un nombre d'invités, une cérémonie laïque, un budget.


Et... c'est à peu près tout.


Là, ils me demandent s'ils sont dans les temps pour le choix et la réservation de leur lieu de réception. Ils devaient en visiter un bientôt mais, vues les circonstances...


Et je ne sais trop quoi leur répondre ; chacun sait dans le monde du mariage - sauf la plupart des futurs mariés ! - que les lieux les plus prisés sont généralement réservés au moins un an et demi, voire deux, ou même trois (!) ans à l'avance et que c'est LE choix décisif qui conditionnera tout le reste...


Sauf que, dans la situation présente, tout est fermé, tout est arrêté, tout est bloqué.


Alors je leur dis qu'en principe il ne faudrait pas traîner, mais qu'en pratique, comme tous les autres couples se trouvent dans la même situation, il ne faut pas non plus s'inquiéter du statu quo.


On verra bien. Il faut attendre.


Avec tout le monde coincé chez soi, on ne risque pas de manquer une opportunité !


On échange encore un peu, on termine la conversation, on rit, on se remercie, on se dit à bientôt. On ferme l'application.


Je relis mes notes.


Je les considère un moment.



Quand je rencontre des clients pour la première fois, j'ai toujours sous les yeux mon guide d'entretien-type, celui qui me sert à noter les détails des projets. Sous forme de liste, il permet de passer en revue les principaux paramètres du projet. Il n'est pas exhaustif bien sûr, mais il est assez complet.


Généralement, à la fin d'un entretien et quel que soit le stade d'avancement des préparatifs, il est plutôt bien rempli : éléments de contexte, envies, inspirations, prestataires-clés... Soit les mariés sont expressifs et abordent directement tous les sujets, soit c'est moi qui me charge d'aller à la chasse aux informations.


Mais pour ce couple, à la fin de ce premier rendez-vous... il est pratiquement vide.


Au cours de cet entretien, qui s'est déroulé dans une ambiance de temps suspendu certainement propre au contexte si particulier, je réalise que tout s'est passé comme si nous n'avions pas eu envie, comme si ça aurait été hors de propos, d'entrer dans le concret.

On est restés dans cet état d'esprit d'expectative, dans la délicatesse de la première rencontre.


On s'est surtout présentés. On a parlé un peu de l'univers du mariage, de ce que j'avais fait avant. De ce qu'ils font dans la vie. De la façon dont je travaille.


D'eux, je sais juste pour l'instant : leurs noms, qu'ils s'aiment, qu'ils aiment mon approche du mariage, qu'ils sont confiants et détendus face à cet avenir qu'ils ne peuvent pas maîtriser, et que d'une manière ou d'une autre ils se marieront.


Et...


C'est tout.


Et curieusement, alors même que cela pourrait paraître insuffisant au regard de ce que je fais en temps normal, ce constat me satisfait.


Plus encore : ces futurs mariés sont satisfaits de cet échange.


Vraiment.


(Et deux jours plus tard, ils confirment bel et bien leur souhait que je vive leur aventure à leurs côtés.)


Alors, fatalement, je questionne ma façon de faire habituelle.


A quoi me sert finalement ce questionnaire bien ficelé, bien optimisé pour l'efficacité maximale ?


Pourquoi, dès la première rencontre, a-t-on envie de partir tête baissée dans l'organisation, dans le "faire"?


Et surtout, si en fait j'avais (vous aviez), sans l'avoir su jusqu'à maintenant, l'envie, voire le besoin de changer d'approche ?


De ralentir, de prendre le temps.


Pourquoi ça ne se passe pas comme ça d'habitude ?



Peut-être parce que, quand on demande à une organisatrice si on est dans les temps, si cela va être possible, si on va y arriver... J'ai le sentiment, pour rassurer, que ma réponse doit être justement celle d'une organisatrice : que je dois montrer du pragmatisme.


Ainsi je vous réponds que oui, (presque) tout est possible MAIS avec de l'organisation, de la priorisation, du contrôle.


Malheureusement, je me rends soudain compte qu'en faisant cela, je confirme une croyance et j'en fais ainsi un fait.


La croyance que l'organisation d'un mariage ou d'un grand événement est inévitablement une source de stress, une course, une quête du "meilleur" et du "must" dont on ressort certes ivres de joie mais aussi, de fatigue...


Je pensais, en tant que wedding-planner, qu'en répondant ainsi aux futurs mariés je canalisais leurs craintes, je démontrais ma connaissance des rouages du milieu, je leur prouvais qu'avec moi ils n'avaient pas à avoir d'angoisses. Je réalise aujourd'hui que, ce faisant, je risquais surtout malgré moi d'en induire bien d'autres...


Car à la lumière de cette situation inédite liée à l'actualité, le naturel éminemment humain de ce couple de futurs mariés m'est apparu et a rendu clair pour moi que c'est surtout une forme de conditionnement qui rend ces préparatifs et ce "grand jour" stressants.


Et que je participe, à mon grand dam, à ce conditionnement !


Moi qui prône pourtant le sens, l'humain avant tout, et qui souhaite toujours le placer au centre de la démarche, je réalise brutalement que je peux encore grandement améliorer cela dans ma pratique.


Je pourrais contribuer à ce que cette quête d'efficacité puisse, sinon s'arrêter, encore diminuer.


Je pourrais désormais tâcher, le plus souvent possible, de prendre à l'envers le problème et éviter de parler d'abord des données concrètes de la fête.


Car à l'avenir, j'aimerais qu'on prenne encore plus de temps, non pas pour s'angoisser encore et toujours à propos de lui, mais pour laisser la part encore plus belle à la réalité profonde et magnifique du mariage...


Le mariage, après tout, je le réaffirme, ce n'est pas "qu'"une fête ; c'est cette occasion unique qu'on s'offre à soi-même d'un temps dédié à l'amour, à sa célébration, certes, mais aussi à son expression, à son ressenti à chaque instant, y compris au moment des préparatifs.


Ce qu'on a le plus besoin de savoir pour que votre mariage et sa préparation aient du sens, pour que vous puissiez le vivre pleinement, finalement, ce ne sont peut-être pas les modalités pratiques en priorité...


C'est plutôt qui vous êtes, ce qui vous ressemble, ce qui vous anime.


Et à cela, quand je vous accompagne sur le versant organisationnel de votre événement, on n'a pas l'habitude de s'autoriser à y consacrer un vrai temps.


Un temps ralenti, un temps dilaté, un temps propre.


Un temps long.


Qu'il faut prendre.


Qu'il ne faut pas uniquement glaner au fil des RDV.


Finalement, je rêve que le premier rendez-vous ne serve qu'à nous assurer que nous partageons la même part essentielle d'humanité, qui nous définit.


Alors je vous le demande, si vous pensez à me contacter : s'il-vous-plaît, ralentissons le temps des rencontres. De la première, comme des suivantes.


Et aussi, ralentissez le temps entre vous, dans vos préparatifs, dans votre quotidien.


Quand vous visitez des lieux de réception, par exemple, éternisez-vous dans les pièces. Flânez dans les jardins. Ressentez les couleurs, les teintes de la nature, du mobilier, de la décoration. Imprégnez-vous de leur beauté. Souriez.


Ne vous concentrez pas prioritairement sur les détails techniques : l'équipement des cuisines, l'heure de couvre-feu, si le ménage est inclus ou non... Presque à coup sûr, ce sera noté dans la brochure que vous remettra le gérant (et puis, si vous faites appel à une wedding-planner, ce travail sera le sien !).


La seule chose sur laquelle la dilatation du temps doit vous permettre de vous concentrer, c'est le ressenti.


Il sera toujours temps, mais seulement ensuite, secondairement, d'organiser.



Et si vous voulez savoir comment devenir plus créatif en arrêtant de chercher activement (notamment sur Internet) et en reconnectant à son environnement, même réduit… lisez jeudi prochain l'épisode 2 (enfin, si je décide de prendre le temps de l'écrire) !