• Camille

Comment le mariage change les personnes et les couples (qu'on l'ait vu venir ou pas)

Aujourd’hui, nul besoin de se marier pour quitter le foyer familial ou fonder une famille.


Si jusqu’au milieu du XXème siècle, les femmes célibataires bénéficiaient paradoxalement de plus de droits que les femmes mariées (travailler, ouvrir un compte en banque…), l’institution du mariage a heureusement évolué petit à petit vers l’égalité des conjoints quel que soit leur sexe (et au final, de tou(te)s les citoyens et citoyennes) !


Ouf ! Les raisons pour lesquelles les couples décident de se marier sont désormais majoritairement des raisons intimes et personnelles (y compris dans le cadre de la foi).


Pour autant, mon expérience rejoint celle de nombreux couples mariés que j’ai rencontrés et interrogés : souvent sans qu’on l’ait vu venir, le mariage chamboule énormément de choses sur le plan identitaire, social et même dans les rapports de couple !



Evidemment, tout le monde ne vivra pas l’intégralité de ces chamboulements – et certains ont le sentiment de n’en vivre aucun.


Mais comme toujours, je suis persuadée que la connaissance de ces effets, du plus factuel au plus imperceptible, peut aider à mieux s’y préparer, et les traverser sereinement !


Alors se marier au XXIème siècle : qu’est-ce que ça change ?



Porter un nouveau nom


A ma connaissance, sur le plan légal, porter le même nom est le seul changement social visible qui soit réservé aux couples mariés (bien que, je le rappelle, ce ne soit pas obligatoire).


Car si le choix du nom d’époux(se) est désormais égalitaire, en revanche, l’interprétation de cette disposition est stricte : il n’est pas autorisé de prendre en usage le nom d’un concubin ou d’un partenaire de Pacs.


Changer de nom, même si on s’est préparé à cette idée, peut être un bouleversement identitaire.


Cela ne signifie pas que vous n’aimez pas votre « nouveau nom » ; simplement, il s’agit d’une nouvelle façon de se reconnaître et, comme tout changement, cela nécessite un temps d’adaptation.


Pour ne pas rester trop longtemps dans un entre-deux inconfortable, on conseille de prévenir rapidement les concernés : services publics, banque, correspondants postaux… Si votre nom vous servait sur le plan professionnel, veillez aussi à bien anticiper ce changement : nouvelle adresse email, cartes de visites ou plaque et hop ! C’est clair pour tout le monde.



Affirmer son identité personnelle


Bien sûr (et heureusement !) le mariage n’est pas une étape indispensable pour s’affirmer en tant qu’adulte, et défendre ses choix et convictions.


Cela dit, d’après les échos de nombreux couples, il semble qu’il reste une façon symbolique de s’émanciper de sa famille (même si dans les siècles passés, ce n’était pas tellement le cas : le mariage consistait officiellement pour les femmes à passer sous une nouvelle autorité, « du père au mari » comme on disait…).


En ce sens, les préparatifs de mariage sont un excellent exercice d’affirmation de soi.


Définir ses goûts, ses choix, revendiquer sa liste d’invités et non celle de ses parents, voire se positionner parfois avec force pour défendre ses convictions : mariage végétarien ou vegan, écologique, en petit comité voire en elopement, etc.



Rétrospectivement, de nombreux couples me disent que préparer leur mariage leur a permis de grandir et de s’affirmer (encore plus) en tant que personne et en tant que couple.


Je défends cette vision : les préparatifs de mariage ne sont pas (que) des moments de prises de têtes superficiels sur la couleur des serviettes et des robes de demoiselles d’honneur.


Dans ma conception de l’événement, mettre en forme et en symboles son histoire, sa personnalité et ses valeurs est un acte déterminant et fondateur et dans une vie !


Cela peut être source de stress, mais s’affirmer est toujours à mes yeux une façon de progresser.



Créer une « communauté » au sens juridique… et symbolique


L’une des phrases qui a été la plus déterminante dans la conception de ma vision du mariage a été prononcée par… un notaire !


Pour introduire [les différents types de contrat de mariage], il a expliqué : « Dans le mariage, il y a trois entités ; chacun de vous, individuellement, et puis une troisième qui se crée le jour du mariage : la communauté. »


Il entendait bien sûr « communauté » au sens juridique (patrimoine, responsabilités…), mais ce jour-là, il y a eu comme un déclic dans mon esprit sur le plan symbolique.


Cette notion de communauté qui s’ajoute aux individualités nous pousse à travailler ensemble pour la protéger, la faire grandir.


Face au monde, cette troisième entité, qui émane de l’union des deux premières, nous demande d’être soudés, de faire front ensemble.


Et face à soi-même, il y a un effet étonnant qui ressort souvent dans les témoignages : les disputes ne sont plus les mêmes.



Quand on a en tête cette notion de communauté, on n’est plus seulement deux individus et on ne peut plus tout bonnement « s’envoyer valser ». Alors on développe l’écoute de l’autre, l’accueil de ses émotions et de ses besoins… et on reçoit la même chose en retour.


Ainsi, pour beaucoup de couples, le mariage confère un puissant sentiment sécurisant, qui n’est pas qu’un sentiment quand on décide de s’y consacrer de manière concrète.

Car même si, évidemment, « rien n’est jamais acquis », l’affirmation de la volonté d’engagement réciproque des partenaires pour leur couple et leur famille est une ressource affective inestimable.


D’ailleurs, de manière générale, qu’on décide de se marier ou non, je suis persuadée qu’on ne peut jamais donner ni recevoir « trop » de preuves d’amour, de considération et de respect !


Alors que ses détracteurs voient dans le mariage un carcan, de nombreux couples puisent au contraire leur force pour traverser les épreuves, justement, dans l’apaisement conféré par ce sentiment de sécurité.


Ce qui n’empêche pas de rencontrer des obstacles.



Conforter son projet de vie à deux (et se préparer à l’inattendu)


Qu’il soit formalisé ou non, on est nombreux à avoir en tête un « projet de vie idéal » : carrières, passions, voyages, enfants, etc.


Se marier, c’est décider de suivre un chemin en couple ; or, on ne connaît pas d’avance l’itinéraire de ce voyage pour la vie… et on peut parfois craindre de perdre sa propre voie en route.


C’est cela qui en fait à la fois toute la beauté autant que la difficulté.



A titre personnel, je suis d’ailleurs convaincue que c’est paradoxalement parce qu’on ne peut imaginer de quoi sera fait l’avenir qu’on accepte de faire un serment d’éternité.


C’est pourquoi, en préparation de cérémonie laïque, je propose notamment qu’on fasse le point, de « décortiquer » les projets, les envies, les valeurs, ce qui compte pour soi… et puis, on envisage juste après ce qui se passera si les projets ne prennent pas forme.


Car c’est pour moi LE point-clé de l’engagement : pour s’engager en pleine conscience, il est important de se poser au préalable pour décider ensemble à quoi on s’engage… et surtout,se préparer à s’accrocher lorsque la pratique ne suivra pas la théorie !


Les circonstances, tout ce qui ne se contrôle pas, peuvent avoir des effets puissants sur les individus et également sur les amours les plus fortes. Elles peuvent les renforcer ou les balayer…


C’est un tabou que peu osent briser : face à la difficulté, pourtant, ils sont nombreux à avoir parfois eu envie de partir, de tout plaquer, malgré la promesse faite à l’être aimé en des temps meilleurs. Ils sont nombreux à avoir été assaillis de doutes et de douleurs lorsque leur projet était mis entre parenthèses, ou s’éloignait indéfiniment.


Éprouver les tensions que génère parfois une telle promesse lorsqu’elle se confronte à son idéal personnel, quelle que soit l’époque, est une expérience intense à vivre !


Mais si elle peut parfois effrayer, je suis convaincue que la libération de la parole sur les difficultés de la vie de couple (tout comme sur les difficultés de la vie professionnelle, de la vie parentale…) sont un immense atout pour se préparer et donc, mieux surmonter les éventuelles épreuves !



Changer d’identité sociale


Enfin, c’est rarement l’effet principal recherché quand on décide de s’unir… mais il est vrai qu’encore à l’heure actuelle, le regard social sur les personnes mariées reste différent.


Je me souviens de la première fois que j’ai cherché une location d’appartement en tant que femme mariée. De ce jour où j’ai dit au téléphone : « mon mari » au lieu de « mon copain » aux propriétaires, et où on ne m’a pour la première fois pas du tout parlé de garants (alors qu’auparavant, on me demandait directement si nos parents se porteraient caution pour nous)… Pourtant, au début de notre mariage, notre situation financière et professionnelle était la même que juste avant, c’est-à-dire très jeunes (dans le début de vingtaine), lui, un peu plus âgé, avec un premier emploi et moi, encore étudiante en master…


Mais nous étions mariés et pour une obscure raison de validation sociale, cela jouait aussi sur notre crédibilité comme locataires. Tant mieux pour nous, mais c’était quand même étrange à vivre et cela m’a interrogée sur la perception des couples non mariés ainsi que des personnes jeunes dans notre société.



Au-delà de cette anecdote qui nous a plutôt avantagés que porté préjudice, la perception de soi-même peut aussi être bouleversée.


En raison des inégalités de jugement et de traitement qui persistent malheureusement entre hommes et femmes, ces perceptions sont souvent vécues différemment en fonction de son genre. Une jeune femme de mon entourage m’a par exemple confié qu’elle s’était sentie « mise à l’écart » et vivait douloureusement le sentiment de « ne plus intéresser les hommes » alors qu’elle n’a « pas encore la trentaine » (et je la comprends car, oui, même si on n’a pas l’intention d’aller voir ailleurs, quel que soit notre âge, sentir qu’on plaît aux autres peut être valorisant pour le narcissisme et l’ego).


Dans le contexte du travail, une femme m’a aussi raconté que porter son alliance avait immédiatement fait stopper les avances de l’un de ses collègues, tandis que son époux avait reçu en confidence de l’un de ses amis que les femmes semblaient le considérer comme d’autant plus intéressant depuis qu’il avait la bague au doigt…


Sans tirer de généralités de ces exemples, il est certain qu’en fonction des traditions, des cultures et des mentalités, porter une alliance ou se présenter comme « femme de » ou « mari de » change même inconsciemment le regard des autres sur soi… et parfois sans qu’on le veuille, la perception de soi-même !



Les comportements qui en résulteront ne seront pas à prendre personnellement, mais ils seront parfois susceptibles de vous étonner, vous amuser… voire vous enrager !



Conclusion


Cette liste n’était bien sûr pas exhaustive ; elle se base sur les vécus subjectifs que j’ai croisés au cours de mes tribulations et n’a pas non plus la prétention de rigueur scientifique, psychologique ou sociologique.


Tous les bouleversements identitaires, relationnels et sociaux évoqués précédemment ne sont pas forcément propres au mariage ; ils sont généralisables à toute période de transition.



Les changements de situation contiennent toujours des potentialités insoupçonnées. Un événement supposément positif peut parfois amener des retentissements difficiles, et un événement délicat se révéler un tremplin pour mieux rebondir. Généralement, c’est un mélange de tout cela et surtout, les nuances sont nombreuses.


Je tiens à remercier encore une fois les personnes qui m’ont partagé leur histoire pour leur transparence, leur authenticité et leur volonté de briser les tabous.


Nul doute que cela en vaut la peine, si cela peut aider les futur(e)s marié(e)s à appréhender plus sereinement les effets de ce nouveau statut personnel et social dans leur vie !

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